L'allaitement

Dans la nature, la jument passe sa vie en gestation avec déjà un petit accroché à ses basques, qui la tète sans arrêt. Heureusement, elle ne semble pas trop souffrir de devoir ainsi en permanence nourrir deux petits : celui qu'elle porte et celui qu'elle allaite.

Jusqu'à soixante-dix tétées par jour

Les poulains sont de petits voraces qui tètent sans arrêt, jour et nuit. Ils se nourrissent peu à la fois, mais très souvent. Le lait riche de leur mère leur permet une croissance ultra rapide.
Quinze litres de lait par jour
Les mamelles de la jument sont au nombre de deux et se cachent entre ses cuisses. Elles commencent à se développer durant le dernier mois de la gestation. C'est lorsque le poulain a trois mois que sa mère produit le plus de lait. On estime alors qu'une bonne poulinière produit de 2 à 3,5 l de lait par jour, et ceci par centaine de kilos de poids corporel. En clair, une jument de 500 kg sécrète alors environ 15 litres de lait par jour. Ceci explique qu'une jument de trait produise environ 20 % de plus qu'une autre de selle. Toutefois, par rapport à leur poids plume, les ponettes, type shetland, ont un meilleur rendement. Il est à noter aussi que les juments qui mettent bas pour la première fois (les primipares) ont moins de lait que les matrones expérimentées (les multipares). Environ deux mois après la naissance du poulain, la quantité de lait que produit la poulinière décroît régulièrement. Heureusement, le foal (nom donné aux poulains de l'année) commence alors à s'alimenter par lui-même.
Une croissance accélérée
Pour le poulain, c'est surtout pendant les deux ou trois premiers mois de vie que le lait se révèle primordial. Durant cette période, il n'a pas encore commencé à brouter, tandis que sa croissance est maximale (il prend 3 kg par jour au début de sa vie). Les ingénieurs agronomes estiment qu'il faut à peu près 6 l de lait pour que le foal prenne un kilo supplémentaire.
Fastfood
Par rapport à la vache, la jument a de tout petits pis. Ses mamelles ne contiennent guère que deux litres de lait, c'est pourquoi le poulain doit téter plus souvent que les veaux. En début de croissance, on le voit se pendre à la mamelle maternelle de quarante à soixante-dix fois par jour! Plus tard, vers six mois, il ne tète plus que vingt fois par jour.
Sevrage
Les pur-sang sont sevrés à 5 mois, les selle français vers 5 ou 6 mois et les chevaux de trait vers 6 à 7 mois. Sevrer le poulain est une tradition dans les élevages, où l'on cherche à préserver la jument qui porte chaque année un poulain. Mais rien ne vous oblige à faire de même : la lactation cessera d'elle-même lorsque le poulain aura entre 9 et 12 mois.
Le colostrum
Ce nom barbare désigne le premier lait de la jument. Il s'agit d'un lait différent de celui qui servira à nourrir le petit pendant ses six à douze premiers mois. Il est plus épais et plus coloré, mais surtout, il contient les précieux anticorps que la mère lègue à son rejeton. Dans l'utérus de la poulinière, le poulain ne peut pas recevoir les anticorps de sa génitrice, car le placenta ne les laisse pas passer. À la naissance, le poulain n'a pas encore développé ses propres défenses immunitaires et ne bénéficie pas encore de celles de sa mère. Voilà pourquoi il est essentiel qu'il soit nourri avec le premier lait, celui qui contient les molécules qui le protégeront de l'infection jusqu'à ce qu'il ait environ deux mois. Le colostrum est produit par la poulinière au cours des deux à quatre dernières semaines de gestation. Le poulain doit boire cette potion magique dans les trois premières heures de sa vie. Ceux qui sont incapables de se lever ou qui naissent prématurément ne peuvent profiter de ce transfert d'immunité qui passe par le colostrum : ils risquent de mourir d'infection. On peut heureusement recueillir le colostrum de la jument et le donner au biberon.

Le sevrage forcé : un stress

Alors que, dans la nature, les juments ne sèvrent pas leur poulain avant un an, les éleveurs les séparent de leur mère vers six mois. Cet épisode est vécu comme un stress important par le foal.
Un clou chasse l'autre
Dans la nature, lorsque l'homme ne s'occupe pas des chevaux, les juments ne sèvrent leur poulain qu'après avoir accouché du suivant. En d'autres termes, c'est le nouveau-né qui chasse son grand frère des mamelles de sa mère. La transition se fait en douceur, puisque le yearling (nom donné aux poulains de un an) reste à proximité de sa mère et de son petit frère. Il arrive même de temps à autre que sa maman l'autorise à téter un peu.
Les poulains sont sevrés à six mois
Lorsque l'homme s'en mêle, les choses ne se passent pas aussi bien. Les éleveurs sèvrent au plus tard leurs produits à l'âge de sept mois, soit cinq mois plus tôt que dans la nature. Le sevrage est en outre brutal. Le poulain est retiré à sa mère et souvent isolé des autres chevaux. Au stress de la séparation d'avec sa maman s'ajoute donc l'angoisse de la solitude. Ce n'est qu'après qu'il rejoindra un groupe de poulains de son âge. Il n'aura alors plus aucun contact avec les chevaux adultes qui auraient pu faire son éducation et lui enseigner les bonnes manières équines. Voilà pourquoi certains jeunes chevaux sont mal élevés et ne respectent rien. Ils ont manqué de remises en place de la part de chevaux adultes dominants !
Bon à savoir
En Mongolie, mais aussi en France, on trait parfois les juments pour récolter leur lait. Celui-ci est plus proche du lait de femme que le lait de vache. Il possède également des qualités appréciées en cosmétologie. Enfin, le lait de jument sert à produire diverses boissons: le koumis, obtenu par simple fermentation, et l'arak, un alcool.

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