La dentition

Les dents sont faites pour croquer et pour manger, aurait pu dire M. de la Palice ! Mais il aurait encore dû préciser que leur forme correspond à leur fonction, c'est-à-dire à la manière dont leur propriétaire se nourrit. Et que celles des chevaux sont en cela bien particulières.

Une belle organisation mécanique

Selon le dictionnaire, la dent est « un organe dur, enchâssé dans la mâchoire, formé d'ivoire et recouvert d'émail ». Voilà déjà une meilleure définition que celle de M. de la Palice ! Mais elle est encore loin d'être complète en ce qui concerne le cheval.
Des chiffres et des noms
Une première particularité est que les chevaux mâles ont plus de dents que les juments: 40 pour les premiers, 36 pour les secondes. Chaque mâchoire de la jument compte 6 incisives et 12 molaires. Le mâle possède en plus 2 canines appelées crochets. Seconde particularité, chaque mâchoire comporte, entre les dents de devant et les molaires, un espace libre nommé « barre ».
Des drôles de canines
On peut se demander pourquoi les chevaux, qui sont des herbivores, ont des canines. Ils les tiennent en fait de leurs très lointains ancêtres, les éohippus, qui vivaient il y a cinquante millions d'années dans les forêts et qui étaient omnivores. On peut encore se demander pourquoi, après une si longue période, chez les mangeurs d'herbe qu'ils sont, ces canines devenues inutiles n'ont pas disparu. Ce serait oublier que seuls les mâles en sont dotés et que les étalons se mordent lorsqu'ils se battent pour conserver leurs juments.
Utiles, les barres !
Les barres semblent être une fantaisie de la nature. Mais elles sont en fait fort utiles au cheval. Elles lui permettent de stocker quelques bouchées de fourrage pendant que ses molaires écrasent les bouchées précédentes. Le cheval a en effet besoin d'avoir une toute petite avance de nourriture : c'est un animal très craintif, toujours pressé, toujours prêt à bondir pour fuir un éventuel danger. Pour lui, un brin d'herbe supplémentaire compte !
Du poulain au brouteur
Les incisives portent des noms précis. Les deux centrales sont les pinces, de chaque côté desquelles se trouvent les deux mitoyennes, elles mêmes encadrées par les deux coins. A la naissance, aucune dent n'est encore sortie. Elles apparaissent au cours du premier mois : les pinces d'abord, puis les mitoyennes et, vers un an, les coins. Vers deux ou trois ans, ces incisives de lait tombent et sont remplacées par les dents définitives.
Les crochets n'apparaissent chez les mâles que vers quatre ans. Les molaires, qui sont au nombre de quatre seulement dans les premières années, se complètent vers quatre ou cinq ans. Avant six ans, la bouche du cheval est définitivement formée.
Le dentiste du cheval
C'est le plus souvent le vétérinaire qui râpe ces vilaines et douloureuses anomalies dentaires que sont les surdents. Mais ce peut être aussi un maréchal-ferrant expérimenté ou l'un de ces « techniciens dentaires » que l'on trouve maintenant dans presque toutes les régions d'élevage.

Des dents qui ne cessent de pousser

Dans la nature, le cheval se nourrit principalement d'herbe et de graminées. Ces plantes, riches en silice, sont abrasives. C'est pourquoi, au fil des millénaires, les dents du cheval ont acquis une croissance quasi permanente. L'usure dûe à la mastication est compensée par une pousse constante.
L'âge et la table dentaire
L'état des dents de la mâchoire inférieure du cheval (celles qui s'usent le plus) indique l'âge de l'animal. C'est « l'âge marqué » : à l'observation, on peut dire que le cheval « marque » tant d'années. Mais, après douze ou treize ans, l'usure des dents ne donne plus d'indications précises. On dit alors que le cheval « ne marque plus », qu'il est « hors d'âge ».
Un défaut de la nature
La mâchoire inférieure du cheval est nettement plus étroite que celle du haut. Les molaires de ses deux mâchoires ne s'imbriquent donc pas parfaitement les unes dans les autres durant la mastication. Ce décalage peut entraîner, en particulier chez les chevaux nourris avec des aliments concentrés, une usure irrégulière des dents et l'apparition d'aspérités piquantes contre la joue.
Ces aspérités, nommées surdents, provoquent des blessures des joues et de la langue. Le cheval mange alors plus lentement et moins. La douleur peut aussi l'inciter à se défendre contre la main de son cavalier. Il importe donc de faire contrôler les dents une fois par an.
Le bon geste
Pour savoir si un cheval souffre de surdents, ouvrez-lui la bouche en posant un doigt sur une de ses barres, puis passez l'index de l'autre main entre sa joue et ses molaires. Ça pique? Ça râpe? Les surdents sont là.

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