L'instinct maternel

D'instinct, la jument connaît les gestes nécessaires à la survie de son poulain. Leur attachement réciproque est immédiat et indispensable. Il se prolonge plus longtemps que l'on pourrait le croire

Il commence avant la naissance

Avant même les premières contractions, l'instinct maternel semble dire à la jument ce qu'elle doit faire pour protéger son poulain. Elle cherche à s'isoler et peut retarder la mise bas tant que les circonstances ne lui paraissent pas convenir à la sécurité de son petit.
Premiers pas
Pendant toutes les phases de la naissance, la jument connaît les gestes qui assurent la survie du poulain : couper le cordon, lécher le poulain pour le réchauffer et pour stimuler sa circulation sanguine. Dès qu'elle le peut, elle se relève et incite son poulain à en faire autant pour prendre sa première tétée. L’échange d’odeurs et de sensations pendant les premières heures de vie du poulain assure l’attachement entre la mère et son petit.
L’instinct
Le poulain se tient sur ses jambes quelques heures après sa naissance. S’il vit en liberté avec sa mère, celle-ci va l’inciter très rapidement à la suivre au galop. Elle lui enseigne à fuir rapidement dès qu'elle émet des signaux d’alerte. C’est le premier apprentissage du poulain pour sa survie. Lors des premiers galops, il reste collé au flanc maternel. La jument se place toujours entre la menace et son poulain.
Mère courage
Lorsque le danger ne permet plus la fuite, la jument fait face. Son poulain est derrière elle ou contre elle au niveau des hanches. Une jument qui sent son poulain menacé se montre très agressive. Elle attaque à coups de dents et de pieds. Plutôt que de laisser toucher à un crin de son poulain, elle se fera tuer sur place. Beaucoup de gens sont touchés par ce courage admirable. C’est une réaction très humaine. La jument est un modèle de mère, mais elle n’a pas d’autre choix : son instinct commande et elle serait incapable de prendre l’initiative d’un autre comportement.
Un dialogue permanent
Peu à peu, le poulain acquiert de l’autonomie. Il décrit autour de sa mère des cercles de plus en plus grands pour explorer le monde. Passé les premiers mois, il gambade assez librement dans le pré, joue avec les autres poulains et visite systématiquement son environnement. Sa mère le surveille constamment et reste en contact avec lui par divers échanges sonores : grognements, petits cris, cris d’alerte, hennissements. Dès qu'il s’éloigne trop, ou s’expose à un danger, elle le rappelle à l’ordre par des hennissements impérieux. La distance tolérée évolue avec l’âge du poulain, mais la jument a toujours très peur d’être séparée de son petit.
Les bonnes manières
Le poulain joue beaucoup avec sa mère. Il la teste en permanence. Elle se prête gentiment au jeu : c’est l’occasion de lui enseigner mille choses. L’attitude maternelle définit les règles et les limites de ce qui est permis. Elle met en garde le poulain contre une effronterie excessive, lui apprend à respecter la hiérarchie sociale, à ne pas s’adonner à des jeux dangereux, à ne pas faire mal. La jument corrige souvent son poulain. C’est son rôle : lui apprendre les règles sans lui faire de mal. Auprès des autres chevaux, l’apprentissage risque d’être plus douloureux.
Un parfum inoubliable
Pendant les premières heures, la jument lèche et flaire abondamment son poulain. Elle s’imprègne de son odeur et l’imprègne de la sienne. Cette imprégnation est indélébile. Ils se reconnaîtront toujours, même au sein d’un troupeau, même après une longue séparation.

L’apprentissage de la nourriture

Le sevrage : dur et cruel !
Le sevrage est le moment où le poulain doit cesser de téter sa mère. Dans la nature, il se fait très progressivement. Mère et poulain prennent des distances peu à peu, mais il n’y a pas de rupture. Mais, dans un élevage, il n’est pas rare que l’on sépare le poulain de sa mère brutalement à l’âge de six mois. Pendant plusieurs jours, mère et poulain manifestent une détresse profonde. Il faut absolument éviter un tel sevrage, qui bafoue l’instinct profond de la jument et traumatise durablement le poulain. Aucun argument ne justifie cette intervention cruelle. Si l’on souhaite que le poulain cesse de téter, il faut le séparer très progressivement de sa mère, quelques instants par jour d’abord, puis quelques heures, enfin une journée.
A table !
Le poulain commence très tôt à brouter avec sa mère. Au début, il se contente de flairer et de mâchouiller quelques herbes. Il mange strictement là où sa mère mange, nez à nez avec elle. C’est ainsi qu'il apprend à identifier les herbes comestibles. Lorsqu’elle trouve une plante toxique, la jument produit une sorte de ronflement avec les naseaux. Ce signe de «grand danger» s’inscrit dans le cerveau du poulain, associé à l’odeur particulière de la plante. Il apprendra de même à manger le foin, les granulés ou tout autre aliment que sa mère absorbe devant lui, interprétant ainsi le message : «Tu peux en manger, c’est bon pour toi.»
L’adolescence
Peu à peu, la vie en collectivité prend le dessus. Le poulain passe moins de temps avec sa mère, plus avec les autres jeunes. Il joue, fait la sieste, broute avec eux. La jument l’encourage à prendre des distances. Elle manifeste de l’impatience quand il cherche à jouer avec elle, ne le laisse plus téter aussi souvent. Le sevrage se fait peu à peu. Dans la nature, la jument laisse téter le poulain jusqu’à la naissance d’un autre petit.

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